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17/07/2015

Les chefs des chefs découvrent (un peu) du terroir suisse

Qui prépare le petit-déjeuner d'Angela Merkel, les repas de gala de Xi Jinping? Qui aide Michelle Obama à mitonner les légumes de son célèbre potager? Tous les grands de ce monde, rois, chanceliers, premiers ministres ont un cuisinier personnel qui veille à leur alimentation mais surtout aux menus des réceptions officielles. Tous ces maîtres queux forment depuis 1977 le Club des chefs des chefs, qui se rencontrent une fois par année. Depuis lundi, c'est le terroir helvétique que les cuisiniers des grands de ce monde découvrent. Des aventures que vous avez peut-être vues ou lues ici ou .

A l'occasion de cette visite exceptionnelle, Le Matin a demandé à Alessandra Roversi, spécialiste de diplomatie culinaire, l'importance de ce genre de rencontres.

 

LA POLITIQUE PAR LE VENTRE

 GASTRONOMIE Le club réunissant les cuisiniers des chefs d’Etat est en visite en Suisse cette semaine.

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(Réception officielle à Berne de l'ancien président italien Giorgio Napolitano)

«Donnez-moi de bons cuisiniers, je vous donnerai de bons traités.» Cette phrase attribuée à Talleyrand à l’issue du Congrès de Vienne résume l’importance des maîtres queux dans la diplomatie. Selon la légende, la France, malmenée dans les négociations, avait regagné du terrain grâce aux somptueux menus préparés par Marie-Antoine Carême. Sans que les banquets diplomatiques aient aujourd’hui autant d’importance, ils participent à la réussite ou non d’une rencontre. «Pendant la guerre froide, il est arrivé que des chefs d’Etat asiatiques fassent manger leur invité avec des baguettes pour qu’il soit dans une position inconfortable, raconte Alessandra Roversi, spécialiste de la diplomatie culinaire. Aujourd’hui on essaie plutôt de proposer à l’hôte un repas qui lui convienne pour qu’il se sente bien et que l’ambiance avant les négociations soit bonne.»

Et qui connaît mieux les goûts et dégoûts d’un président ou d’un roi que son chef personnel? C’est la raison pour laquelle, depuis 1977, a été créé le Club des chefs des chefs (CCC), à l’initiative de Marcel Le Servot, alors chef à l’Elysée, et du Suisse Henry Haller, aux fourneaux de la Maison-Blanche. Une fois par année, les cuisiniers s’y rencontrent pour échanger sur les habitudes culinaires de leurs «patrons».

Dans l’intimité des grands

Cette année c’est la Suisse qui accueille le CCC. Jusqu’à vendredi, la cuisinière d’Obama, les chefs de François Hollande, Angela Merkel ou encore Xi Jinping visitent notre pays. «Officiellement, un chef d’Etat ne peut jamais dire qu’il adore ou déteste un aliment. Dans le premier cas on lui en servira pendant des mois. Dans le second, il se mettra les producteurs à dos. Alors au sein du Club, ils se conseillent avant les visites officielles.»

Si le CCC existe depuis près de quarante ans, ces hommes de l’ombre aiguisent toujours plus l’intérêt. «Ils sont à la croisée entre l’intérêt du public pour les people que sont devenus les politiques et pour la cuisine. Souvent admis dans l’intimité des grands, ils les connaissent très bien.» Des détails qu’ils ne sont pas censés divulguer mais qu’ils glissent à leurs confrères pour que les négociations à venir soient facilitées par l’impression d’être particulièrement bien reçu. En revanche si la diplomatie culinaire existe toujours, le goûteur n’a plus sa place dans les cuisines présidentielles ou royales. «Mais certains pays ont des personnes qui surveillent les cuisines, comme la Russie par exemple. Quelqu’un garde à l’œil ce qu’on lui sert.»

http://www.club-des-chefs-des-chefs.com/

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